DAKARACTU.COM La section thiessoise du mouvement ‘’Y en a marre’’ vient de lui décerner la palme du maire le plus absentéiste et le plus éloigné de ses administrés. Non sans lui asséner : « Celui qui ne peut pas gérer une ville ne peut pas prétendre diriger un pays. » Cruelle pique pour un homme qui ne se rêve autrement que sur le trône de la République ! « Iwas born to be president », a-t-il osé graver en gras sur un site internet voué à son ambition. « Je veux être le 4ème président du Sénégal », martèle jusqu’à lasser Idrissa Seck. Tout dans son discours comme dans son action traduit cette obsession. Pour se lancer dans la bataille, il a ouvert sur facebook et sur twitter des fenêtres « idy4president 2012 ». Fils d’une ménagère, qui prêtait sa belle voix à l’occasion des cérémonies nuptiales et d’un vendeur de friperie au marché de Thiès, Idrissa Seck a déclaré un jour, devant l’œil des caméras de la télévision nationale : « L’ascenseur social fonctionne bel et bien au Sénégal. Je suis né pauvre et je suis devenu riche. »
L’ascension de cet enfant du peuple, dont la mère a fait le pied de grue devant un collège pour qu’il y soit admis, est le symbole vivant de l’élitisme républicain créé par l’école. Mais cet homme petit qui brûle d’une grande ambition ne veut pas s’en arrêter là. Il a été auditeur dans un grand cabinet, ministre du Commerce, directeur de cabinet du président de la République, Premier ministre… Il lui reste à occuper ce qu’il appelle dans son style grandiloquent « la station suprême ».
François Mitterrand, qui aimait le pouvoir, a consacré toute sa vie à le chercher et a réussi à l’avoir, a dit : « Pour être président, il faut avoir des idées, des hommes et des moyens. » Idrissa Seck ajoute qu’il faut avoir le soutien du titulaire du poste. Pareille conviction a fini par faire de lui un jouet entre les mains d’Abdoulaye Wade, qui lui fait miroiter sans cesse un pouvoir dont il ne lui facilitera jamais l’obtention. Un jour de 2004, aux Etats-Unis, dans l’intimité d’une suite du luxueux hôtel Hayat, Abdoulaye Wade m’a dit : « Je ne peux pas donner le pouvoir à quelqu’un qui, une fois assis dans le fauteuil, va commencer par s’attaquer à ma famille et à moi-même. » Ce propos est d’autant plus à croire que le chef de l’Etat l’a répété publiquement : « Qu’il ne compte pas sur moi pour l’aider à accéder au pouvoir ! »
« Idy », comme l’appellent ses compatriotes, est convaincu qu’il ne peut y arriver qu’en s’appuyant sur ce qu’il appelle sa « famille naturelle, la famille libérale. » Il se trouve que le père de famille, pour l’instant, s’appelle Abdoulaye Wade. Et, même s’il venait à se retirer, il y a d’autres fils dans la maison qui lorgnent l’héritage : Mamadou Seck, Souleymane Ndéné Ndiaye, Pape Diop, Karim Wade, Ousmane Ngom… Mais aussi Macky Sall, un autre enfant aujourd’hui banni, mais qui va à coup sûr prendre sa part du legs.
S’il n’a pas le soutien du père, Idrissa Seck pourra compter sur ses hommes. Encore faudrait-il qu’il en ait toujours. Son égérie, Awa Guéye Kébé, l’a abandonné pour le chef de l’Etat. Pape Diouf est déprimé au point qu’Aïda Mbodj, sa rivale à Bambey, qui le croit « prenable », l’ait publiquement appelé « à rejoindre le président de la République. » Oumar Guéye, dépossédé de sa communauté rurale de Sangalkam au profit d’une délégation spéciale, mène un combat qui l’use. Les membres du staff n’en peuvent plus de suivre un leader qui ne les tient pas au courant de ce qu’il fait et leur demande de marcher sans broncher. Oumar Sarr, fidèle parmi les fidèles, défend quelquefois des choses dont il ignore tout. Même Yankhoba Diattara, le maire suppléant de Thiès, n’est pas informé de certains déplacements du titulaire. Le comportement d’Idrissa Seck est quelquefois mal ressenti par les militants. Mais beaucoup parmi ces derniers ont une fidélité inconditionnelle à leur leader. Dans leur majorité écrasante, les Thiessois vont voter les yeux fermés pour lui en 2012. Il a une base électorale qui ne suffit toutefois pas à lui faire conquérir le pays. A-t-il le savoir-faire nécessaire pour élargir son électorat ? Pour ce faire, il a besoin d’améliorer son rapport à l’autre et son sens du relationnel. La plupart des responsables à la base de « Rewmi », le mouvement qu’il a fondu dans le PDS pour ensuite le ressusciter, sont aujourd’hui démotivés parce qu’ils se sentent déconsidérés. « Tu es intelligent mais amoo khél », a lancé un jour Abdoulaye Wade à celui qui fut son homme de confiance. Décryptage : il a l’intelligence à l’école mais pas celle de la vie.
Idrissa Seck a-t-il les moyens ? A écouter une personnalité à qui il s’est confié il y a quelques semaines à Paris, il n’a pas suffisamment d’argent ni le staff qu’il souhaiterait pour aller à la présidentielle. Car là réside un des paradoxes du personnage : celui qui a avoué publiquement s’être enrichi, et qu’Abdoulaye Wade accuse d’avoir placé 40 milliards de francs cfa dans un compte-trust aux Etats-Unis, fonctionne en politique avec une trésorerie manifestement tendue.
A-t-il des idées ? Absolument, pour reprendre un mot récurrent dans ses causeries. Et un talent pour les exposer. Il est sans doute, en français et en wolof, l’homme qui s’exprime le mieux sur l’échiquier politique sénégalais. A l’image d’une symphonie inachevée, Idrissa Seck a un énorme talent occulté par le manque de droiture dans sa démarche politique. Après avoir été blanchi par la justice des accusations de malversations financières qui lui ont valu un séjour à Rebeuss de juillet 2005 à février 2006, il a un double défi à relever : lever les suspicions qui persistent et restaurer sa crédibilité écornée par un sempiternel jeu de yo-yo dans ses rapports avec Wade.
Mais « les desseins de la Providence sont immenses ». Comme la dévolution du pouvoir obéit à des considérations qui échappent parfois à la raison, Idrissa Seck a incontestablement une carte à jouer. Il lui reste toutefois un long chemin à parcourir pour devenir le quatrième président du Sénégal.