Pourquoi la Mauritanie se rebiffe par rapport à l’intervention française au Mali ? la CENI mauritanienne annoncera-t-elle, ce jour, la date des prochaines élections législatives et municipales ? Où en est-on avec les questions des négro-mauritaniens et des esclaves. Pour répondre à toutes ces questions, DakarActu a joint par téléphone ce mardi 15 janvier 2013, le politologue et analyste mauritanien Mohamed Ould El Kory. Entretien
DakarActu : Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?
Mohamed Ould El Kory : La Mauritanie a engagé, seule, à partir de 2010, plusieurs opérations d'envergure contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au nord-Mali. Après les succès militaires enregistrés ces trois dernières années contre Aqmi et les différents réseaux des trafiquants connectés à la nébuleuse terroriste, la Mauritanie, forte de cette victoire stratégique, est devenue un acteur majeur qui fixe la Doctrine de l'anti-terrorisme dans la Région Nord et Ouest africaine. Aujourd’hui, la Mauritanie n’hésite pas. L'armée mauritanienne s'est déjà redéployée pour boucler une frontière de plus de 2400 kilomètres avec le Mali. Mais la Mauritanie n’est certainement pas prête à s’engager dans une guerre qui pourrait fédérer toutes les populations au nord du Mali contre ceux qu'elles pourraient considérer comme des envahisseurs. Les manifestations des populations de Tombouctou lundi 14 janvier contre la guerre donnent déjà une indication pour comprendre nos réticences.
DakarActu : Des milliers de Maliens ont fuit, dimanche dernier, la zone des combats à Léré pour gagner la ville mauritanienne de Vassala ?
Mohamed Ould El Kory : Oui et ils sont les bienvenues dans leur seconde patrie. La Mauritanie est l’un des 7 pays limitrophes du Mali. Et les Maliens sont nos frères et rassurez-vous, on ne tombera pas sous le coup de la non-assistance à peuple en danger. Avant Vassala, la ville mauritanienne de Bassiknou a déjà accueilli 109 .000 maliens regroupés dans le camp de M’Berra. Ce dernier représente aujourd’hui, en terme de population, la quatrième ville mauritanienne.
DakarActu : Actualité mauritano-mauritanienne, quand auront lieu les élections législatives et municipales reportées depuis octobre 2011 ?
Mohamed Ould El Kory : Seuls les responsables de la CENI pourraient vous répondre. La CENI s’occupe désormais de la supervision, du contrôle et du suivi de l’ensemble des opérations électorales. Et cette première en Mauritanie est l’une des délibérations du dernier Dialogue National entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition. Grâce à ce dialogue, la Mauritanie est aujourd'hui dotée d'une architecture constitutionnelle des plus audacieuses. Mais pour revenir aux élections législatives et municipales, logiquement celles-ci pourraient être organisées au plus tard en octobre 2013 étant entendu que l’actuel enrôlement biométrique de la population mauritanienne a déjà dépassé le deux millions cent milles enrôlés dont un million quatre cent milles électeurs. La projection de un million six cents quatre vingt mille électeurs pourrait être atteinte les prochaines semaines étant entendu que la moyenne de citoyens enrôlés par jour est de cinquante milles.
DakarActu : Un parti mauritanien, l’AJD/MR, prépare une marche le 09 février 2013 pour réitérer sa révolte contre les propos de déni des déportations faits par l'ancien Chef de l’Etat Ely Ould Mohamed Vall et pour l’abolition de la loi d’amnistie de 1993. Qu’en pensez-vous ?
Mohamed Ould El Kory : On ne peut pas dire qu’aucun mauritanien n’a été déporté alors que les victimes des évènements d'Avril 1989 se comptent par dizaines de milliers. Même des policiers qui relevaient de la DGSN que dirigeait à l’époque Ely Ould Mohamed Vall ont été déclarés parias dans leur propre pays. La commission nationale chargée du recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat, victimes des évènements de 1989, en a recensé plusieurs et viennent d’être indemnisés. Plusieurs de nos compatriotes déportés sont morts, d'autres sont malades et tous ont souffert d'être à la charge de pays qui ne sont pas le leur. En juillet 2009, et suite à une élection présidentielle libre et transparente, le peuple mauritanien a choisi l’homme en qui il se retrouve et qui a été à l’écoute de ceux qui souffrent et qui ont encaissé dans la douleur, durant deux décades, les tortures, les déportations, les humiliations. Depuis, un retour organisé et digne a permis à 24 536 de nos compatriotes soit 5 817 familles de regagner la mère patrie. Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a tenu personnellement à accueillir le dernier contingent de nos déportés au Sénégal, le 25 mars dernier à Rosso marquant ainsi la clôture de l’opération de rapatriement de nos réfugiés. Et le Haut commissaire de Nations unies chargé des réfugiés et ancien premier ministre du Portugal, Antonio Guterres, présent à cette cérémonie, a raison de dire que par son règlement définitif du dossier du passif humanitaire le Président Mohamed Ould Abdel Aziz offre aujourd’hui l’occasion pour la Mauritanie de s’ériger en exemple, d’être fière de sa diversité et d’accroître son rayonnement sur le plan international.
DakarActu : IRA-Mauritanie, le mouvement de Biram Ould Abeid, organisera du 24 au 29 janvier 2013, la "Marche des esclaves" ou "Caravane de la liberté" qui reliera, sur une distance de mille deux cents kilomètres et pendant six jours, la ville de Néma à la Capitale, Nouakchott. Ce problème est toujours posé avec acuité en Mauritanie ?
Mohamed Ould El Kory : En Mauritanie aujourd’hui, chacun peut manifester comme bon lui semble en respectant les lois. Et parmi ces dernières, la Mauritanie vient d’adopter une loi portant répression des crimes d'esclavage et de torture en tant que crimes contre l'humanité. Dès son arrivée au pouvoir, le président Aziz a toujours soutenu et assisté les catégories sociales qui croupissaient dans des situations inhumaines depuis l’avènement de la première république. C’est cette même dynamique, lancée en août 2008, par un homme qui a refusé de manquer à l’appel des laissés pour comptes de Adwabas et des Gazras de Nouakchott et des grandes villes. Ceux-là même qui croupissaient dans des situations inhumaines nées des injustices et des souffrances de plusieurs décades. Et ce sont principalement des anciens esclaves qui ont bénéficié après lotissement des distributions des parcelles et des divers programmes destinés aux pauvres. Le Président de la République s’est lui-même déplacé, à plusieurs reprises, dans le Triangle de la pauvreté dans l’Aftout où les villages haratines étaient délaissés par toute la communauté nationale. Il a eu à inaugurer plusieurs programmes sociaux de base. Récemment, il a donné le feu vert au démarrage des travaux de la construction de la route El Ghayra-Barkéoel-Esswata. 271 kilomètres de routes bitumées désenclaveront tous les villages haratines de l’Aftout Oriental (Vrei Imijij, Tourey 1, Tourey 2, Barkéoel, Esswata, El Vet’h, Benar, Tadioukel, Male, El Jedida, Bofal, Boulehrath 1, Boulehrath 2, Koumben, R'dheydii, Bathet Tmedek, El Mebrouk… ). Sans lobbying des chefs de tribus ou des groupes de pression régionaux, ce projet est celui d’un dirigeant bien déterminé dans sa volonté d’édification d’une Mauritanie nouvelle empreinte de justice, de liberté et d’équité et où tous les citoyens jouissent de la prospérité. Oui, il existe toujours des séquelles de l’esclavage et je suis pour la création d’une agence nationale d’Eradication des Séquelles de l’Esclavage. Aujourd’hui, on pourrait évoquer une discrimination positive qui puisse aider à éradiquer définitivement celles-ci. Celle-ci se matérialise dans les plus hautes fonctions de l’Etat. En plus de leur mérite et de leur compétence, nous avons aujourd’hui plusieurs ministres du gouvernement de la République, issus de cette catégorie sociale, dont deux ministres de souveraineté .Nous avons un président de l’assemblée nationale, qui, bien qu’ayant que 4 députés issus de son parti s’est retrouvé à la tête de la chambre basse du parlement. C’est contre toute logique démocratique mais c’est de la discrimination positive. Ajoutez-y le président du conseil économique et social, le président du conseil constitutionnel, plusieurs gouverneurs et préfets… Je suis moi-même honoré de militer dans un parti politique, l’Union Pour la République, dont le secrétaire général est Oumar Ould Maatala et ma fédérale pour Nouakchott est Salka Mint Bilal Ould Yamar.
DakarActu : Pourquoi la Mauritanie hésite à intervenir, aujourd’hui, au Mali ?
Mohamed Ould El Kory : La Mauritanie a engagé, seule, à partir de 2010, plusieurs opérations d'envergure contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au nord-Mali. Après les succès militaires enregistrés ces trois dernières années contre Aqmi et les différents réseaux des trafiquants connectés à la nébuleuse terroriste, la Mauritanie, forte de cette victoire stratégique, est devenue un acteur majeur qui fixe la Doctrine de l'anti-terrorisme dans la Région Nord et Ouest africaine. Aujourd’hui, la Mauritanie n’hésite pas. L'armée mauritanienne s'est déjà redéployée pour boucler une frontière de plus de 2400 kilomètres avec le Mali. Mais la Mauritanie n’est certainement pas prête à s’engager dans une guerre qui pourrait fédérer toutes les populations au nord du Mali contre ceux qu'elles pourraient considérer comme des envahisseurs. Les manifestations des populations de Tombouctou lundi 14 janvier contre la guerre donnent déjà une indication pour comprendre nos réticences.
DakarActu : Des milliers de Maliens ont fuit, dimanche dernier, la zone des combats à Léré pour gagner la ville mauritanienne de Vassala ?
Mohamed Ould El Kory : Oui et ils sont les bienvenues dans leur seconde patrie. La Mauritanie est l’un des 7 pays limitrophes du Mali. Et les Maliens sont nos frères et rassurez-vous, on ne tombera pas sous le coup de la non-assistance à peuple en danger. Avant Vassala, la ville mauritanienne de Bassiknou a déjà accueilli 109 .000 maliens regroupés dans le camp de M’Berra. Ce dernier représente aujourd’hui, en terme de population, la quatrième ville mauritanienne.
DakarActu : Actualité mauritano-mauritanienne, quand auront lieu les élections législatives et municipales reportées depuis octobre 2011 ?
Mohamed Ould El Kory : Seuls les responsables de la CENI pourraient vous répondre. La CENI s’occupe désormais de la supervision, du contrôle et du suivi de l’ensemble des opérations électorales. Et cette première en Mauritanie est l’une des délibérations du dernier Dialogue National entre la majorité présidentielle et une partie de l’opposition. Grâce à ce dialogue, la Mauritanie est aujourd'hui dotée d'une architecture constitutionnelle des plus audacieuses. Mais pour revenir aux élections législatives et municipales, logiquement celles-ci pourraient être organisées au plus tard en octobre 2013 étant entendu que l’actuel enrôlement biométrique de la population mauritanienne a déjà dépassé le deux millions cent milles enrôlés dont un million quatre cent milles électeurs. La projection de un million six cents quatre vingt mille électeurs pourrait être atteinte les prochaines semaines étant entendu que la moyenne de citoyens enrôlés par jour est de cinquante milles.
DakarActu : Un parti mauritanien, l’AJD/MR, prépare une marche le 09 février 2013 pour réitérer sa révolte contre les propos de déni des déportations faits par l'ancien Chef de l’Etat Ely Ould Mohamed Vall et pour l’abolition de la loi d’amnistie de 1993. Qu’en pensez-vous ?
Mohamed Ould El Kory : On ne peut pas dire qu’aucun mauritanien n’a été déporté alors que les victimes des évènements d'Avril 1989 se comptent par dizaines de milliers. Même des policiers qui relevaient de la DGSN que dirigeait à l’époque Ely Ould Mohamed Vall ont été déclarés parias dans leur propre pays. La commission nationale chargée du recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat, victimes des évènements de 1989, en a recensé plusieurs et viennent d’être indemnisés. Plusieurs de nos compatriotes déportés sont morts, d'autres sont malades et tous ont souffert d'être à la charge de pays qui ne sont pas le leur. En juillet 2009, et suite à une élection présidentielle libre et transparente, le peuple mauritanien a choisi l’homme en qui il se retrouve et qui a été à l’écoute de ceux qui souffrent et qui ont encaissé dans la douleur, durant deux décades, les tortures, les déportations, les humiliations. Depuis, un retour organisé et digne a permis à 24 536 de nos compatriotes soit 5 817 familles de regagner la mère patrie. Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a tenu personnellement à accueillir le dernier contingent de nos déportés au Sénégal, le 25 mars dernier à Rosso marquant ainsi la clôture de l’opération de rapatriement de nos réfugiés. Et le Haut commissaire de Nations unies chargé des réfugiés et ancien premier ministre du Portugal, Antonio Guterres, présent à cette cérémonie, a raison de dire que par son règlement définitif du dossier du passif humanitaire le Président Mohamed Ould Abdel Aziz offre aujourd’hui l’occasion pour la Mauritanie de s’ériger en exemple, d’être fière de sa diversité et d’accroître son rayonnement sur le plan international.
DakarActu : IRA-Mauritanie, le mouvement de Biram Ould Abeid, organisera du 24 au 29 janvier 2013, la "Marche des esclaves" ou "Caravane de la liberté" qui reliera, sur une distance de mille deux cents kilomètres et pendant six jours, la ville de Néma à la Capitale, Nouakchott. Ce problème est toujours posé avec acuité en Mauritanie ?
Mohamed Ould El Kory : En Mauritanie aujourd’hui, chacun peut manifester comme bon lui semble en respectant les lois. Et parmi ces dernières, la Mauritanie vient d’adopter une loi portant répression des crimes d'esclavage et de torture en tant que crimes contre l'humanité. Dès son arrivée au pouvoir, le président Aziz a toujours soutenu et assisté les catégories sociales qui croupissaient dans des situations inhumaines depuis l’avènement de la première république. C’est cette même dynamique, lancée en août 2008, par un homme qui a refusé de manquer à l’appel des laissés pour comptes de Adwabas et des Gazras de Nouakchott et des grandes villes. Ceux-là même qui croupissaient dans des situations inhumaines nées des injustices et des souffrances de plusieurs décades. Et ce sont principalement des anciens esclaves qui ont bénéficié après lotissement des distributions des parcelles et des divers programmes destinés aux pauvres. Le Président de la République s’est lui-même déplacé, à plusieurs reprises, dans le Triangle de la pauvreté dans l’Aftout où les villages haratines étaient délaissés par toute la communauté nationale. Il a eu à inaugurer plusieurs programmes sociaux de base. Récemment, il a donné le feu vert au démarrage des travaux de la construction de la route El Ghayra-Barkéoel-Esswata. 271 kilomètres de routes bitumées désenclaveront tous les villages haratines de l’Aftout Oriental (Vrei Imijij, Tourey 1, Tourey 2, Barkéoel, Esswata, El Vet’h, Benar, Tadioukel, Male, El Jedida, Bofal, Boulehrath 1, Boulehrath 2, Koumben, R'dheydii, Bathet Tmedek, El Mebrouk… ). Sans lobbying des chefs de tribus ou des groupes de pression régionaux, ce projet est celui d’un dirigeant bien déterminé dans sa volonté d’édification d’une Mauritanie nouvelle empreinte de justice, de liberté et d’équité et où tous les citoyens jouissent de la prospérité. Oui, il existe toujours des séquelles de l’esclavage et je suis pour la création d’une agence nationale d’Eradication des Séquelles de l’Esclavage. Aujourd’hui, on pourrait évoquer une discrimination positive qui puisse aider à éradiquer définitivement celles-ci. Celle-ci se matérialise dans les plus hautes fonctions de l’Etat. En plus de leur mérite et de leur compétence, nous avons aujourd’hui plusieurs ministres du gouvernement de la République, issus de cette catégorie sociale, dont deux ministres de souveraineté .Nous avons un président de l’assemblée nationale, qui, bien qu’ayant que 4 députés issus de son parti s’est retrouvé à la tête de la chambre basse du parlement. C’est contre toute logique démocratique mais c’est de la discrimination positive. Ajoutez-y le président du conseil économique et social, le président du conseil constitutionnel, plusieurs gouverneurs et préfets… Je suis moi-même honoré de militer dans un parti politique, l’Union Pour la République, dont le secrétaire général est Oumar Ould Maatala et ma fédérale pour Nouakchott est Salka Mint Bilal Ould Yamar.
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